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Canada/ Finlande/ Réflexions/ Sri Lanka

La distance au fil de mes expatriations

Cet article fait partie du rendez-vous mensuel, Histoire d’Expatriées, crée par Lucie du blog l’occhio di Lucie. Le thème de ce mois-ci, la distance, a été proposé par Kelly de Lily’s Road.

Aujourd’hui, on va donc parler distance, j’ai choisi d’en parler d’un point de vue très personnel, j’espère que cela te plaira. Les articles types humeurs sont en ce moment les seuls pour lesquels j’arrive à être inspiré.

À l’heure où j’écris cet article, je suis actuellement au Canada depuis un mois. C’est le tout début de cette troisième expatriation. Ici, le mot distance a pris une connotation toute particulière très différente de mes anciennes expériences.

Quand j’étais en Finlande, la distance n’a tout simplement pas été un problème pour moi. Alors, bien sûr je n’étais là que pour 6 mois, ça aide, mais ce n’était pas la seule raison. Je n’ai jamais été très fusionnelle que ce soit avec mes amis ou ma famille et par conséquent la distance a toujours été supportable pour moi. Je n’ai jamais par exemple appelé mes parents tous les jours. En général, on s’appelle une fois par semaine. Quant à mes amis, ce sont toutes des personnes qui comprennent que je ne puisse pas donner de nouvelles pendant plusieurs semaines et ils le comprennent, car ils sont pour la plupart pareil. Et puis ce n’était tout simplement pas la première fois que je partais. La distance j’ai dû apprendre à la gérer pour la première fois à l’âge de 17 ans quand j’ai déménagé de Poitiers à Salon-de-Provence et puis je suis partie à Marseille, Paris et finalement Helsinki. À chaque arrivée dans une nouvelle ville tu te fais des amis et à chaque départ la question de la distance et comment la gérer revient. Depuis ma naissance, j’ai vécu dans 7 villes différentes et je viens de m’installer dans mon 13e logement.

La gestion de la distance et le décalage horaire

Un point a aussi grandement facilité la gestion de la distance en Finlande : l’absence de décalage horaire. Seule une heure sépare la Finlande de la France, ce n’est donc rien et il est très facile de s’arranger pour communiquer. Au Sri Lanka, cela restait supportable avec +3 h30 en été et 4 h 30 en hiver, mais ici au Canada avec -6 h, le décalage horaire se fait vraiment ressentir. Lorsque je me réveille à 8 h, il est déjà 14 h en France. Quand je déjeune à 12 h, c’est le dîner pour toi et en soirée tu es déjà au lit. Je ressens d’autant plus ce décalage avec mon travail. Je réalise notamment une dizaine d’heures de visioconférences par semaine avec la France pour des formations en marketing digital et je dois donc constamment jongler entre les horaires.

La gestion de la distance et la vie sociale dans le pays d’accueil

Au Sri Lanka, la distance était un peu plus difficile à gérer, mais ça restait raisonnable. La gestion de la distance était clairement facilitée par mon entourage et mon environnement. Je ne suis pas partie au Sri Lanka seule, j’étais en couple à l’époque. Et maintenant que je suis seule au Canada, je peux te dire que ça change beaucoup de choses. Tu as quelqu’un pour t’épauler tout simplement, quelqu’un qui comprend les hauts et les bas qui vont avec le quotidien d’une expatriation. J’étais aussi d’autant plus entouré au Sri Lanka que nous logions dans mon ex-belle-famille, la maison était donc constamment remplie et c’était aussi un énorme cocon. En Finlande, j’étais aussi partie seule, mais j’avais mon stage qui m’attendait, j’ai donc très vite créé des relations sociales. J’étais également encore étudiante et j’avais donc rencontré très vite des Erasmus qui m’ont également permis d’avoir un groupe solide d’amis. J’en ai d’ailleurs revu deux durant mon récent voyage solo en Europe. Au Canada, du fait de mon PVT, je suis venue sans emploi sur place, et j’ai décidé pour le moment de garder mon statut de freelance. Le statut de freelance peut déjà être très isolant en France, mais c’est encore plus pesant quand on est dans un nouveau pays. Alors mi-août c’est décidé, je me retrousse les manches, je refais mon CV et je cherche un emploi à Montréal !

La gestion de la distance et mon évolution

Je te le disais au début à la base, je suis quelqu’un qui supporte bien la distance sauf que ça, c’était avant. Depuis mon arrivée au Canada, la distance est très difficile à supporter pour moi. Ce n’est pas seulement dû au décalage horaire, on finit par s’y faire, ni au fait d’être freelance, j’ai réussi à tout de même rencontrer beaucoup de nouvelles personnes en 1 mois ici ! Non, c’est beaucoup plus profond, ma famille et mes amis me manquent véritablement, mais aussi la France. Il y a 4 ans si l’on m’avait dit que je dirais ça je ne l’aurais pas cru. Mais il y a 4 ans, j’étais une personne complètement différente. Il y a 4 ans, ma mère n’avait pas encore eu de cancer. Il y a 4 ans je n’avais pas eu à revenir en urgence du Sri Lanka pour vivre avec elle ses derniers jours, il y a 4 ans je n’avais encore jamais vécu de deuil. Et ces derniers événements m’ont clairement changé. Au Canada, je le réalise d’autant plus, car ce n’est pas un pays comme les autres. Le Canada est le pays qui m’a donné la passion du voyage, à 10 ans quand je suis venue pour la première fois ici, je ne voulais plus repartir. J’ai même écrit dans une lettre à mon futur moi que j’espérais que j’y vivrais. Et bien sûr le jour où j’ai reçu mon invitation pour le PVT, ce fut une immense joie, tellement que j’en ai eu les larmes aux yeux. Et pourtant depuis que je suis ici, la distance est particulièrement difficile à vivre. Je me demande si j’ai fait le bon choix.

Quand j’étais petite et que je fantasmais sur ma vie d’adulte, je me voyais toujours habiter à l’étranger. Sauf que quand on est petit on a tendance à faire de la vie d’adulte un grand tout. Vivre à l’étranger je l’ai fait, et je compte bien profiter de mes 2 ans ici. Mais vivre 10 ans, 20 ans, toute sa vie, loin de sa famille et de ses amis c’est différent. Et à ma grande surprise, je ne suis pas sûr de le vouloir. Au cours de ses derniers mois, je me suis rendu compte à quel point certaines relations étaient importantes pour moi, que personne n’est éternel et qu’il faut donc profiter un maximum des personnes auquel on tient.

Si la distance au Canada est aussi difficile, c’est aussi qu’ici je me sens bien ! Mes premiers mois en Finlande et au Sri Lanka ont été compliqué et je savais que je ne resterais pas ad vitam aeternam là-bas. Au Canada, c’est tout le contraire, mes premiers jours ont été faciles et je comprends pourquoi tant de personnes restent des années ici. Je me sens bien et je sens le dilemme dû partir ou rester tout doucement faire son chemin en moi. D’ailleurs, depuis le début du mois d’août, je commence à un peu moins subir la distance, j’ai commencé à prendre certaines habitudes, j’ai déménagé dans une nouvelle colocation où je me sens vraiment mieux. Et du coup mon moral, c’est vraiment amélioré et je pense moins à la France.

Gérer le manque des proches : mes conseils

Utiliser les outils numériques pour gérer la distance

Je tenais aussi à te dire qu’au fil de mes expatriations et de mes déménagements j’ai aussi appris à gérer la distance de mieux en mieux. Depuis que je suis au Canada, je n’ai jamais autant pris le temps d’envoyer des messages, d’appeler. Mais surtout, j’ai pris le temps de mettre en place une routine, je me suis fixé de prendre des nouvelles une fois par mois de chacune de mes meilleures amies notamment. C’est bête, mais le fait de mettre fixer un objectif réaliste aide beaucoup et bien sûr grâce aux nouvelles technologies la distance devient alors diminué. J’ai aussi pu remarquer que les visioconférences aident beaucoup plus que les simples appels. Voir la personne, ces expressions du visage changent tout et puis parfois c’est aussi l’occasion de vivre un moment ensemble. Il m’arrive par exemple de cuisiner et de manger tout en faisant un Skype. Si vous savez qu’un événement familial a lieu à un moment, n’hésitez pas à skyper toute votre famille durant cette journée. Cela vous donnera l’impression d’avoir tout de même était là.

Accepter de ne pas pouvoir garder contact avec tout le monde

Déménager, s’expatrier c’est aussi accepter de devoir perdre certaines relations. Ce n’est pas toujours évident, mais c’est important d’en avoir conscience. Si j’ai enfin réussi à mettre en place une routine pour gérer mes relations à distance, c’est aussi, car j’ai pris le temps de faire le tri dans mes connaissances. Et maintenant, quand je rencontre de nouvelles personnes, j’ai toujours cette citation en tête « People come into your life for a reason, a season or a lifetime ». J’ai accepté que la plupart des relations soient à durée déterminée et ce n’est pas grave ! Je pense que c’est vraiment important d’en avoir conscience d’autant plus quand on part habiter à l’étranger !

Profitez de l’instant présent

Et puis enfin, j’essaie au maximum de vivre dans l’instant présent. Vivre à l’étranger est une chance, mais c’est aussi un choix. J’ai fait le choix de vivre cette expérience, alors autant profiter de chaque instant. De même lorsque je rentre en France, je sais que ces moments sont rares alors j’essaie au maximum que ces instants soient des moments de qualités.

Et comment tu gères la distance avec tes proches ? Ou comment penses-tu que tu la gérerais si tu étais amené à vivre à l’étranger ?

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9 commentaires

  • Reply Kelly 14 août 2019 at 13 h 01 min

    Super article, j’adore la section « Conseils » et je me suis bien retrouvée dans le partage de moments de vie en skypant. Il m’arrive aussi de cuisiner quand on se parle avec ma meilleure amie. Merci pour ton témoignage !
    (Pis si tu veux venir voir le Yukon, fais-moi signe !)

    • Reply Aurore 14 août 2019 at 13 h 51 min

      Merci Kelly, c’était vraiment un thème très intéressant à aborder et tellement central dans la vie d’une personne qui vit à l’étranger. J’ai hâte de lire ton article et ceux des autres participants !

  • Reply La distance... quand on vit à l'étranger - 3 kleine grenouilles 14 août 2019 at 18 h 00 min

    […] Aurore depuis le Canada […]

  • Reply La distance – étoile verte 15 août 2019 at 5 h 45 min

    […] Aurore, au Canada (Montréal) ; […]

  • Reply Fany (Hit the road Jeanne) 15 août 2019 at 6 h 24 min

    Je me reconnais parfaitement quand tu parles de ce dilemme entre l’envie de vivre proche des gens qu’on aime et le fait de se sentir chez soi dans un endroit loin d’eux. A chaque expatriation, on s’attache à des gens et des petites choses du quotidien, on laisse des morceaux de nous un peu partout et on sait qu’on ne pourra plus jamais avoir tout ce qu’on aime et tous ceux qu’on aime à un seul et même endroit. Ça oblige à revoir nos priorités, à toujours se demander ce qui est le plus important pour nous pour ne pas regretter nos choix plus tard. C’est difficile mais très formateur.
    Je te souhaite plein de bonheur au Canada et tu verras bien où l’avenir te mènera!

    • Reply Aurore 19 août 2019 at 16 h 22 min

      C’est tout à fait ça, même si demain je rentre en France, je ne serais pas où aller car même en France mes amis sont éparpillés. Mais je sens que les choses changent, de plus en plus de mes amis parlent de rentrer, du coup je pense que je verrais la question sous un autre jour dans 3, 4 ans !

  • Reply #Histoires Expatriées : la distance – QUOTIDIEN D'UNE EXPATRIÉE AU JAPON 16 août 2019 at 2 h 46 min

    […] Catherine en Allemagne – Pauline en Corée du sud – Barbara au Costa Rica – Aurore au Canada – Fredy au Canada […]

  • Reply Morgane 17 août 2019 at 6 h 44 min

    Ton article est vraiment très chouette et résume parfaitement la tonne de questions que l’on peut se poser quand on part vivre à l’étranger ! Tes conseils sont également très utiles et je vois que je ne suis pas la seule à faire des skype en vivant ma vie « quotidienne ».
    Le plus dur pour moi, je pense, ça a été de réaliser et d’accepter que la distance m’a fait perdre des amis. Maintenant, je le vis bien et comme toi, je sais que beaucoup de rencontres sont à durées déterminées. Peu importe le temps, finalement, elles resteront tjours gravés dans ma mémoire 🙂

    • Reply Aurore 19 août 2019 at 16 h 26 min

      Oui, c’est tout à fait ça, j’ai vécu des moments merveilleux avec certaines personnes et je garde ces moments précieusement même si la vie à décider que ce soit des moments de courte durée. Et puis parfois tu as des surprises, à Montréal par exemple, j’ai revu des gens que je n’avais vu qu’une ou deux fois dans ma vie et qui maintenant font partis de mon environnement, la vie est pleine de surprises ! ^^

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