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La réussite à l’export du cinéma français : explications et perspectives d’avenir

Amélie Poulain joué par Audrey Tautou est représenté sur un fond vert avec un pull et des lèvres rouges, comme sur l'affiche du film. Article en lien avec l'exportation des films français à l'étranger.

 

« Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ?

Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout. »

Jean-Luc Godard, Réalisateur

« Le but ce n’est pas de faire du cinéma, mais son cinéma. »

Albert Dupontel, Acteur

Amélie Poulain, Intouchables, Lucy, ces films français (50 % ou plus des financements du film sont de source française) ont comme point commun de faire partie des films les plus vus à l’international. En dehors des chiffres du box-office international qui permettent à la France de se placer à la seconde place mondiale des pays exportateurs de films en termes de recette derrière les États-Unis, les films français sont reconnus pour leur très haute qualité. Souvent associé au cinéma d’auteur, le cinéma hexagonal se distingue régulièrement dans les festivals et les remises de prix du monde entier.

Depuis 15 ans, l’exportation de films français se porte particulièrement bien dépassant la barre symbolique des 100 millions d’entrées au box-office 3 fois dans les 4 dernières années et les 300 millions de recettes. Ce succès reste à nuancer puisqu’il provient de la réussite d’une dizaine de titres sur environ 300 films produits chaque année en France. Le film d’animation est un des genres qui se porte le mieux à l’international avec la comédie et les films d’action en anglais.

La France a toujours voulu se distinguer fortement de son concurrent américain. Après la Seconde Guerre mondiale, l’État a mis en place des politiques de soutiens au cinéma très importantes par le biais du CNC. A la même époque, Unifrance est créé pour promouvoir le cinéma français à l’étranger. A l’international, la France revendique une politique d’exception culturelle et s’oppose aux États-Unis. L’exception culturelle signifie que pour la France le cinéma n’est pas un bien comme un autre, il ne doit pas rentrer dans les conventions de libre-échange traditionnelles, car le cinéma représente aussi l’identité et la culture d’un pays. De nos jours, la France a élargi son discours et souhaite défendre la diversité culturelle en opposition à l’uniformisation culturelle.

Les exportations sont un relais de croissance considérable pour les entreprises du secteur audiovisuel, elles permettent également une baisse de la balance commerciale et une mise en avant de l’image de la France qui peut être bénéfique à d’autres secteurs d’activités. L’intérêt croissant des pays émergents comme la Chine, la Russie ou l’Argentine pour le cinéma est une importante perspective d’avenir pour les exportateurs français. Le soutien du CNC pour l’exportation reste cependant faible comparé aux autres pans de l’industrie du cinéma.

L’État est depuis toujours un important soutien pour l’industrie du cinéma. Le système de financement français basé sur la chronologie des médias a été reproduit dans d’autres pays voulant au mieux soutenir l’industrie cinématographique locale. Les sociétés de ventes internationales françaises ont pour les aider dans leur budget de promotion accès à plusieurs aides financières de la part du CNC, de l’Union européenne et d’Unifrance. Toutes ces aides sont accordées sur dossier étudié par une commission. Au-delà des aides financières, Unifrance aide aussi les vendeurs en leur fournissant les informations sur chaque territoire qui les intéressent par le biais de son service d’étude ainsi qu’un support logistique pour les déplacements dans les plus grands marchés du film.

En termes d’exportation, le Ministère des affaires étrangères est également un acteur important de la promotion du cinéma français à l’étranger. Il agit principalement par le biais des services de coopération et d’action culturelle dans les ambassades, mais aussi les Alliances et Instituts français. Ils sont des sources d’informations importantes pour les vendeurs. Ils travaillent en partenariats avec les distributeurs et exploitants locaux et sensibilisent les autorités locales à l’importance des échanges interculturels. TV5 monde est le partenaire médiatique privilégié du réseau pour la diffusion du cinéma français à l’étranger.

En dehors des raisons historiques qui font que le cinéma a toujours été une des expressions artistiques les plus privilégiées en France, on peut se demander pourquoi la France met autant de ressources pour sa promotion hors de ces frontières. Cela s’explique par les externalités positives que la diffusion d’un film français à l’étranger peut engendrer. Le tourisme et le luxe sont les secteurs bénéficiant le plus des retombées positives du succès des films français. De manière plus générale, le succès des films français permet de renforcer le soft power de la France. Le soft power est l’influence douce que peut exercer un pays sur un autre par le biais de moyens non coercitifs comme le cinéma. Un soft power important pourra bénéficier à toute l’économie en termes d’exportation en facilitant la vente de TGV par exemple.

Dernier maillon de la chaîne, les sociétés de ventes internationales représentées par les vendeurs internationaux. Malgré un tissu de sociétés composées de PME plus ou moins spécialisées dans les ventes internationales, ces dernières ont su largement se distinguer parmi la concurrence internationale. Les sociétés de ventes sont également devenues un important maillon de la chaîne de financement pour les producteurs. Les mandats internationaux sont ainsi régulièrement signés avant le début de la production et permettent avec le dépôt d’un minimum garanti de boucler le budget de production d’un film.

Le savoir-faire des vendeurs internationaux est également reconnu à travers le monde. Ces derniers ne se contentent pas de vendre des films français mais sont aussi mandatés par des réalisateurs étrangers comme Almodovar. La présence du plus grand marché et festival du film en France, le Festival de Cannes, y est pour beaucoup. Certaines années plus de 50 % des films présentés au festival sont représentés par des vendeurs français. La trentaine de sociétés de vente présente en France permet aux producteurs de trouver plus facilement un interlocuteur pour leurs films que dans d’autres pays. Le métier de vendeur international reste risqué d’autant plus que les succès ou échecs au cinéma sont imprévisibles. Le secteur est également très sensible aux fluctuations de l’économie. La crise de 2008 a fait baisser le montant des contrats poussant les vendeurs à devoir augmenter leur nombre de films vendus et se tourner vers de nouvelles fenêtres de diffusion comme la vidéo à la demande.

Malgré ses succès, le système d’exportation français reste fragile. Comment la France va réussir à conforter sa position de second exportateur mondiale dans les années à venir ? Quels sont les différents enjeux et opportunités pour l’économie française ? Pour répondre à cette problématique, une étude qualitative auprès de 7 répondants du secteur du cinéma a été réalisée.

Les répondants ont mis en avant la grande diversité de la production française, l’organisme Unifrance et le savoir-faire des vendeurs internationaux comme principaux atouts de la France alors que la barrière de la langue et l’image de cinéma type art et essai ont été signalés comme points faibles.

Afin de répondre aux différents challenges des années à venir, une importante modification du système de soutien financier du CNC pour l’export devra être réalisée. L’éducation des publics étrangers à l’usage des sous-titres ou du doublage est également indispensable ainsi qu’un travail auprès des exploitants de sensibilisation à la diversité culturelle. Afin d’optimiser au mieux les stratégies de sorties de films des distributeurs étrangers une réduction du temps entre la sortie nationale et les sorties à l’étranger devrait être mise en place. Pour finir, la question du piratage et l’apparition de la VOD devraient également être soutenu en ouvrant certaines aides à ces nouvelles problématiques.

Les liens entre les entreprises privées et le secteur du cinéma doivent être encouragés pour favoriser l’impact sur l’économie française. Cependant, ces liens sont, pour le moment, loin d’être mis en place ou n’ont lieu que ponctuellement lors d’actions de promotions à l’étranger. Les coproductions restent un atout pour le soft power de la France même si les films coproduits sont souvent moins associés à l’image de la France, la coproduction appuie la promotion de la diversité culturelle mise en avant par la diplomatie d’influence.

Cet article a été réalisé dans le cadre de mon mémoire de fin d’études, je me doute vu la longueur qu’il ne sera pas beaucoup lu, mais après prêt de 3 mois passés dessus, 10 interview réalisés et des dizaines d’heures de rédaction, j’avais très envie de le publier quelque part.  

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